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La prochaine fois que vous préparez un Sencha japonais, regardez les feuilles un instant. Il y a de bonnes chances qu'elles proviennent du cultivar Yabukita — le plus cultivé du Japon selon le ministère de l'Agriculture. Ce cultivar est le fruit du travail d'un agriculteur autodidacte de Shizuoka.

Sugiyama Hikosaburo a consacré toute son existence à une seule chose : trouver de meilleures plantes de thé, pour que la qualité des feuilles soit enfin stable et fiable. Dans son village natal de Shizuoka, on l'appelle depuis longtemps « Hikosaburo Okina » — le vénérable ancien — et ce respect perdure bien après sa mort.

Qui était Sugiyama Hikosaburo ?

Sugiyama Hikosaburo est né en 1857 dans le village d'Udo, district d'Abe, dans ce qui est aujourd'hui la ville de Shizuoka. Il laissa à son frère cadet les affaires familiales — une brasserie de saké et un commerce de médecine traditionnelle — et se tourna vers l'agriculture.

Le moment était décisif. À l'époque de sa naissance, le Japon venait de signer le Traité d'amitié et de commerce avec les États-Unis. Le thé devenait rapidement le deuxième produit d'exportation du pays après la soie brute — une industrie en plein essor, mais aussi en pleine confusion. Hikosaburo entra dans ce domaine sans maître, apprenant par l'observation et les essais répétés.

Il demanda conseil aux fonctionnaires du Bureau de l'agriculture et apprit les bases du thé auprès d'un lointain parent, le maître Yamada Bunsuke, dont la conviction était simple : pour faire un bon thé, il faut de bonnes feuilles.

Il prit le rôle de secrétaire de l'association professionnelle du thé, aidant à endiguer les thés médiocres sur le marché. Mais il reconnaissait qu'il n'avait pas encore produit de thé vraiment excellent. Cette exigence envers lui-même fut le point de départ de tout ce qui suivit.

Après des années de travail acharné, il réussit à créer le cultivar Yabukita. Il mourut en 1941 à l'âge de 83 ans, sans avoir vu ce cultivar se répandre dans tout le Japon.

Aujourd'hui, un monument commémoratif se dresse à Shizuoka, et le théier original Yabukita a été classé monument naturel par la préfecture de Shizuoka. Il existe également le « Prix Sugiyama Hikosaburo », décerné à ceux qui ont apporté une contribution remarquable à l'industrie du thé.

Comment Sugiyama Hikosaburo a transformé le thé japonais

L'apport de Sugiyama Hikosaburo tient à une idée simple : avant la méthode de fabrication, c'est le choix du théier qui détermine ce que le thé peut devenir. Le Yabukita n'est pas né d'un hasard, mais de décennies d'observation, de sélection et d'une persistance que ses contemporains comprenaient rarement.

Le début de l'amélioration variétale

Hikosaburo défriche ses propres terres et établit une plantation de thé, apprenant essentiellement sans cadre formel. À l'époque, dans un même jardin de thé, il était normal de trouver des dizaines de variétés mélangées, produisant des feuilles aux qualités très inégales. Personne n'y voyait de problème particulier.

Au fil de l'observation, Hikosaburo remarqua deux choses qui semblent évidentes aujourd'hui mais ne l'étaient pas alors : certains théiers poussaient plus vite que d'autres, et la qualité de la feuille variait selon la plante. Reconnaître que la plante déterminait le potentiel du thé était, dans ce contexte, une avancée réelle — et le premier pas vers une sélection systématique.

La naissance du Yabukita

Convaincu qu'une production stable de bon thé nécessitait d'abord de bonnes plantes, Hikosaburo se consacra à la sélection variétale. Il n'avait aucun cadre académique pour guider son travail. C'était de l'essai-erreur pur, année après année.

À l'époque, peu de gens comprenaient ce qu'il faisait. On le considérait comme un excentrique. Pourtant il continuait.

Vers la mi-trentaine, il développa de nouvelles lignées. Parmi elles, un théier prometteur poussant sur le côté nord d'un bosquet, qu'il nomma « Yabukita » — littéralement « nord du bosquet ». Celui du côté sud devint le « Yabuminami ». Le Yabukita s'avéra résistant aux maladies, facile à cultiver, tolérant au froid, et homogène aussi bien en Sencha classique qu'à infusion longue.

Après sa présentation officielle, le cultivar fut rapidement reconnu pour ses qualités. Mais les années de guerre retardèrent son expansion nationale. Le Yabukita ne se répandit dans tout le Japon que quatorze ans après la mort de son créateur.

Un engagement durable pour l'industrie locale

L'influence d'Hikosaburo ne se limitait pas à un seul cultivar. À la cinquantaine, il trouva enfin un soutien décisif en la personne de Kahei Otani, président de la Chambre centrale de l'industrie du thé. Ensemble, ils menèrent un projet d'amélioration variétale sur un site d'essai dédié.

Lorsque Otani quitta la présidence, ce soutien institutionnel disparut. Hikosaburo dut rendre le site d'essai. Pour quelqu'un qui y avait investi des décennies de travail, c'était une perte considérable.

Il avait 77 ans. Il ne s'arrêta pas.

Il acheta sa propre plantation et continua ses recherches. Il accueillit des jeunes du voisinage et leur transmit tout ce qu'il avait appris au fil des décennies. Il partagea ses connaissances avec les agriculteurs alentour, adopta rapidement les nouvelles machines, et participa à l'amélioration des infrastructures locales. C'est cette générosité durable qui explique pourquoi Shizuoka l'appelle encore « Hikosaburo Okina » aujourd'hui.

Trois épisodes qui révèlent sa passion

Résumer Sugiyama Hikosaburo au seul terme « sélectionneur » efface l'essentiel. Le Yabukita n'est pas né d'une découverte isolée, mais de décennies de recherches répétées, de pertes assumées et d'une persévérance qui dépassait la simple obstination.

L'homme qu'on appelait « la belette »

Pour trouver de bons théiers, Hikosaburo parcourait les jardins de thé de jour comme de nuit, traversant parfois des propriétés voisines. Il se penchait bas, scrutant les rangées de buissons avec une intensité telle que les voisins se moquaient de lui en le comparant à une belette. Il n'y prêtait aucune attention.

Quand un théier lui semblait prometteur, il mâchait les feuilles crues sur place pour en évaluer la qualité — la texture, les fibres, l'acidité, l'astringence résiduelle. Cette habitude usa ses dents de devant. L'espace laissé par ces dents l'accompagna le reste de sa vie, petite trace indélébile des milliers de plantes qu'il avait examinées.

Il mit tout dans cette recherche : son temps, sa santé, son argent, ses dents.

Voyager jusqu'au bout du monde pour un théier

La quête d'Hikosaburo ne connaissait pas de frontières. Il parcourut le Japon entier et voyagea jusqu'en Corée pour trouver des plants prometteurs.

Il emportait de la sphaigne pour maintenir l'humidité des boutures pendant le retour. Lorsqu'il trouvait un spécimen prometteur, il insérait parfois les rameaux dans des légumes coupés pour les garder vivants le temps du trajet. Ces méthodes semblent obstinées aujourd'hui — elles étaient simplement les plus pratiques disponibles.

Vingt ans de travail, réduits en cendres

Lorsqu'il perdit ses soutiens et dut rendre le site d'essai, Hikosaburo avait 77 ans. Tous les théiers qu'il avait cultivés là — plus de vingt ans de travail patient, d'observations et de comparaisons — furent arrachés et utilisés comme bois de chauffage.

Il assista à cette destruction. Puis il acheta un nouveau terrain et recommença.

À cet âge, après avoir perdu tout ce qu'il avait développé, investir à nouveau ses propres ressources, former de jeunes agriculteurs, construire quelque chose qu'il ne verrait peut-être jamais aboutir — c'est ce type de continuité tranquille qui a façonné la domination durable du Yabukita.

Ce qui rend ce cultivar durable, c'est son équilibre : une fraîcheur verte et lumineuse en attaque, une douceur en milieu de bouche, et l'astringence juste nécessaire pour que la tasse reste vivante. Il pousse de manière fiable, résiste au froid et convient à différentes méthodes de fabrication. Pour en savoir plus, consultez notre guide sur le Yabukita.

Goûter son héritage

Une grande partie du Sencha que nous proposons provient de théiers Yabukita — une continuation de ce qu'Hikosaburo a bâti. La fraîcheur verte dans la tasse remonte, à travers des générations de plantes cultivées, jusqu'au théier qu'il trouva au nord d'un bosquet à Shizuoka. Parcourez notre collection de thés verts pour goûter un peu de cet héritage.

Questions fréquentes

Who was Sugiyama Hikosaburo?

Sugiyama Hikosaburo was a self-taught farmer from Udo Village, now Shizuoka City, born in Ansei 4 (1857). He died in Showa 16 (1941) at 83 after a life of tea cultivar breeding.

Why is Yabukita tied so closely to his name?

He selected a promising tree growing north of a grove and named it Yabukita. Disease resistance, easy cultivation, and clean balance helped it spread nationwide 14 years after his death.

What did he notice that changed tea breeding?

In mixed tea fields, he saw that some plants grew faster and some produced better leaves. That field observation pushed his work toward choosing the plant first, not only refining processing.

What happened when he lost his test site at age 77?

After Kahei Otani left his post, support ended and the test site was returned. More than twenty years of trees were pulled up for firewood, but Hikosaburo bought new land and restarted.

How did his work affect modern Sencha culture?

Yabukita now underpins much of Japan's Sencha, including many teas we carry. Its reliable growth and clean grassy brightness helped make consistent, familiar Sencha possible across regions.